« Puis-je manger avec toi ? » demanda la sans-abri au millionnaire. Sa réponse laissa tout le monde en larmes. Le tintement des couverts et le doux murmure des conversations résonnèrent dans l’élégante cour du Jardin, le restaurant le plus exclusif de la ville.
Les verres en cristal scintillaient dans la lumière du soir, et l’air était chargé d’un arôme d’agneau rôti et de beurre à la truffe. À une table d’angle, Thomas Reed était assis seul. La trentaine, il portait un costume impeccable et l’air distant de quelqu’un qui se lasse du luxe.
Des assiettes de mets raffinés étaient posées devant lui, intactes. Des coquilles Saint-Jacques parfaitement saisies, des petits pains frais et un verre de Chardonnay reflétant la lueur dorée des bougies. Il avait tout : richesse, pouvoir, influence.

Mais ce soir-là, alors qu’il parcourait un flot incessant de courriels, il ne ressentait rien. Devant les grilles en fer forgé du Jardin, Layla tremblait. La petite fille noire ne devait pas avoir plus de sept ans.
Sa robe en lambeaux, trop grande, collait à son corps mince, et ses petits pieds nus étaient striés de terre. Son estomac gargouillait douloureusement, mais elle l’ignora. Elle observait les convives depuis plus d’une heure, espérant que quelqu’un lui apporterait les restes en partant.
Mais personne ne la regarda. Un serveur, portant un plateau de nourriture à moitié mangée, s’arrêta pour le jeter dans une poubelle près de la ruelle. Layla s’avança en rampant.
Arrête-toi là, ma fille, aboya le serveur, la chassant comme un animal errant. Tu n’oserais pas toucher à ça. Les sales gosses des rues n’ont rien à faire ici.
Layla tressaillit et se précipita derrière une colonne, les larmes aux yeux, mais sa faim était plus forte que sa peur. Par la porte-fenêtre ouverte, elle aperçut un homme en costume bleu marine, assis seul à une table dans un coin. Devant lui se trouvaient des assiettes de nourriture intacte : petits pains, poulet rôti et même une petite tarte au chocolat…